Erick Noël enseigne l'histoire moderne à l'université des Antilles, pôle Martinique. Son Être noir en France au XVIIIe siècle, tiré de son habilitation, était paru chez Tallandier en 2006. Les Presses universitaires des Antilles viennent d'en publier une version mise à jour : 230 pages, 20 euros, signalée « Nouveauté » sur le site de l'éditeur, dont l'adresse administrative est le campus de Fouillole, à Pointe-à-Pitre.

Le livre part d'un constat de volume. Entre la mort de Louis XIV et la chute de la royauté, des milliers de Noirs entrent en France et certains s'y installent. Noël travaille les archives pour établir qui ils sont et ce qu'ils font : domestiques, artisans, couturières, perruquiers, et plus rarement membres de la bonne société — le chevalier de Saint-Georges. Il suit en parallèle deux constructions : celle des représentations que les intellectuels et l'opinion plaquent sur eux, de la brute au bon sauvage, et celle d'une législation instable qui accouche d'une jurisprudence hésitante. Sa conclusion refuse le récit d'émancipation : si le sort des Noirs fut un enjeu de la Révolution, il est douteux qu'ils lui aient dû une libération réelle.

Une précision s'impose, parce qu'elle change la façon de lire les deux livres ensemble. Noël ne reste pas dans la capitale : il examine aussi la province, Nantes et Bordeaux en particulier. Spieler, elle, ne quitte pas Paris. Les deux ouvrages ne se doublonnent pas — l'un cartographie une ville, l'autre un royaume. Ils se lisent ensemble, et c'est exactement ce que la disparité de leur diffusion rend improbable.

Un chantier de vingt ans

Ce livre n'est pas un titre isolé. Noël a soutenu sa thèse sur Les Beauharnais, une fortune antillaise (Droz, Genève, 2003). Il a ensuite dirigé un Dictionnaire des gens de couleur dans la France moderne en trois volumes, chez Droz également, entre 2011 et 2017 — une entreprise qui a mobilisé trente-cinq chercheurs. Il a poursuivi avec Le goût des Îles sur les tables des Lumières (La Geste, 2020) et La sculpture du Noir au temps de la traite (Maisonneuve & Larose - Hémisphères, 2023).

Autrement dit : le corpus francophone sur cette question existe, il est ancien, il est volumineux, et il est disponible.

La carte des éditeurs

C'est en regardant où ces livres sont publiés que quelque chose apparaît.

Erick Noël écrit depuis la Martinique et publie à Genève et à Pointe-à-Pitre. Pierre H. Boulle, dont Race et esclavage dans la France de l'Ancien Régime a paru chez Perrin en 2007, a mené toute sa carrière universitaire à McGill, Montréal ; son livre est aujourd'hui donné épuisé par les libraires en ligne. Sue Peabody, dont l'ouvrage de 1996 a fixé les termes du débat en reprenant la maxime « il n'y a pas d'esclaves en France », enseigne dans l'État de Washington ; Oxford University Press vend toujours son livre en anglais, et nous n'avons trouvé trace d'aucune édition française en trente ans.

Le seul de ces titres à être entré dans le circuit éditorial parisien grand public est celui de Boulle, chez Perrin. Il n'est plus disponible.

Ce que cela dit, et ce que cela ne dit pas

Il ne s'agit pas d'un oubli. Les travaux sont là, publiés, référencés, cités les uns par les autres. Il ne s'agit pas non plus d'un problème de langue : le Dictionnaire de Noël fait trois volumes en français.

Il s'agit d'un défaut de relais. Le travail s'est fait à Fort-de-France, à Genève, à Montréal, dans l'État de Washington, et il n'a pas trouvé à Paris les rayons, les plateaux et les pages qui lui auraient donné un lectorat. Il aura fallu qu'une historienne américaine installée à Paris écrive le sujet en anglais, obtienne un prix universitaire américain, et soit traduite, pour qu'il devienne une actualité de rentrée.

Les deux livres de 2026 méritent tous les deux d'être lus. Un seul a été annoncé.

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CONTEXTE ÉDITORIAL

Le livre : Erick Noël, Être noir en France au XVIIIe siècle, Presses universitaires des Antilles, coll. Histoire et archéologie de la Caraïbe, 2026, 230 p., 20 €. ISBN 9782488234139. Première édition : Tallandier, 2006, 320 p.

Également cités : Pierre H. Boulle, Race et esclavage dans la France de l'Ancien Régime, Perrin, 2007, 286 p. (épuisé) · Sue Peabody, "There Are No Slaves in France": The Political Culture of Race and Slavery in the Ancien Régime, Oxford University Press, 1996 · Erick Noël (dir.), Dictionnaire des gens de couleur dans la France moderne, Droz, 3 vol., 2011-2017.

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