L'émission « Trump, la seule vérité » diffusée par ARTE analyse les romans « 1984 » de George Orwell et « Le meilleur des mondes » d'Aldous Huxley, deux ouvrages d'anticipation explorant les dérives des sociétés modernes face à la surveillance et la manipulation. Le documentaire met en lumière les trajectoires croisées de ces deux écrivains anglais, qui s'étaient rencontrés au collège d'Eton en 1917. Si leurs visions divergent, ils partagent une intuition commune sur les dangers pesant sur les démocraties. George Orwell, marqué par son expérience de la guerre d'Espagne et sa confrontation aux régimes fascistes et staliniens, décrit dans « 1984 » un État totalitaire bureaucratique où la surveillance systématisée et la falsification de l'histoire visent à confisquer la liberté de pensée. De son côté, Aldous Huxley, issu d'une lignée de scientifiques, propose dans « Le meilleur des mondes » un scénario fondé sur une aliénation consentie, où la technologie, le consumérisme et l'eugénisme assurent l'ordre social. L'intérêt de cette confrontation réside dans l'actualité des thèmes abordés. Le film, enrichi par les interventions de figures comme Boualem Sansal et Cynthia Fleury, souligne que nos sociétés contemporaines fonctionnent comme un hybride de ces deux dystopies. La question des faits alternatifs, de la reconnaissance faciale ou des discours politiques niant la vérité objective trouve un écho direct dans les mécanismes décrits par les auteurs il y a plusieurs décennies. Le témoignage de Richard Blair, fils adoptif d'Orwell, apporte une dimension personnelle à cette analyse qui invite à une relecture attentive des deux textes pour décoder les enjeux de notre époque. Loin de proposer une simple comparaison littéraire, ce documentaire interroge la manière dont la littérature d'anticipation permet de nommer les mutations de notre monde, qu'il s'agisse de la violence d'une surveillance étatique ou de l'asservissement hédoniste par le divertissement et la science.