Résumé
Et si les véritables héros étaient ceux dont on ne parle jamais ?
Lorsque la maladie frappe un proche, tout bascule. Derrière chaque patient se cache souvent un proche aidant qui accompagne, rassure, organise, lutte et continue d’avancer, même lorsque ses propres forces s’épuisent.
Dans Héros sans visage : Proche aidant, l’auteure livre un témoignage profondément humain inspiré de son histoire auprès de sa mère, Sabine. À travers des souvenirs lumineux, des instants de bonheur et le bouleversement de la maladie, elle raconte le quotidien d’une fille devenue aidante, avec ses doutes, ses peurs, son courage et son amour inconditionnel.
Ce récit n’est pas seulement l’histoire d’un combat contre la maladie. C’est un hommage à toutes celles et ceux qui prennent soin des autres dans l’ombre, souvent sans reconnaissance, mais avec une force extraordinaire.
Un livre sincère, bouleversant et porteur d’espoir, destiné aux proches aidants, aux familles, aux soignants, mais aussi à tous ceux qui souhaitent mieux comprendre cette réalité souvent invisible.
Parce que derrière chaque malade se trouve parfois un héros sans visage.
Extrait
PRÉFACE
Ce livre n’était pas prévu.
Rien ne m’avait préparée à devoir un jour mettre des
mots sur ce que j’ai vécu. Pendant longtemps, je les ai
gardés en moi. Parce qu’il fallait tenir. Parce qu’il fallait
être forte. Parce qu’il y avait toujours plus urgent que ce
que je ressentais.
Puis j’ai compris une chose.
On parle beaucoup des malades.
On parle beaucoup moins de ceux qui restent à leurs
côtés.
De ces proches qui accompagnent, rassurent,
organisent, espèrent, pleurent en silence et continuent
malgré tout d’avancer.
Ce livre est pour eux.
Il est pour celles et ceux qui se sont oubliés pour prendre
soin d’une personne qu’ils aiment.
Il est pour ceux qui ont parfois eu l’impression d’être
invisibles.
Il est aussi pour toi, maman.
Parce que sans toi, ces pages n’auraient jamais existé.
Tu continues de vivre à travers mes souvenirs, mes
gestes, mes valeurs et cette envie de transmettre ce que
notre histoire m’a appris.
Ce livre n’est pas une biographie.
Ce n’est pas un livre sur le cancer.
C’est le récit d’un amour, d’un combat, mais aussi d’un
chemin que parcourent des milliers de proches aidants
sans toujours trouver les mots pour raconter ce qu’ils
vivent.
Il est toujours difficile de décrire quelqu’un qu’on a tant
aimé, parce qu’il y a toujours le risque de ne pas trouver
des mots assez grands. Et Sabine, ma mère, débordait
les mots.
Elle n’était pas le genre de personne qu’on remarque
dans une foule. Elle ne cherchait jamais la lumière.
Pourtant, une fois qu’on la rencontrait, on ne pouvait plus
l’oublier.
Elle avait cette douceur tranquille qui rassurait. Cette
façon de regarder les autres comme s’ils étaient les
personnes les plus importantes au monde.
Je me souviens de ses mains. Toujours occupées à
créer, à cuisiner, à soigner, à aider. Elle avait cette
manière d’aimer par les gestes plus que par les discours.
Elle m’a appris le respect, la patience, l’endurance et la
générosité, simplement en vivant selon ses valeurs.
Aujourd’hui encore, je continue de lui parler.
Parce qu’on ne cesse jamais d’avoir besoin de sa mère.
Si tu ouvres ce livre parce que toi aussi tu accompagnes
ou as accompagné une personne malade, j’espère que
tu y trouveras une chose essentielle : la certitude que tu
n’es pas seul.
Si mes mots peuvent t’aider à mettre un nom sur tes
émotions, à te sentir compris ou simplement à souffler le
temps de quelques pages, alors ce livre aura trouvé sa
raison d’être.
Chapitre 1 – Avant que tout bascule
Avant de vous raconter la maladie, j’ai besoin de vous
parler d’elle.
Parce qu’on ne peut pas comprendre le combat qui nous
attend sans connaître la femme qui en est au cœur.
Ma mère s’appelait Sabine.
Elle n’était pas célèbre.
Elle n’a jamais fait la une des journaux.
Pourtant, pour moi, elle était l’une des plus belles
personnes que cette vie m’ait permis de rencontrer.
Elle mesurait 1,72 mètre. Elle avait des cheveux mi-
longs, un sourire qui semblait ne jamais la quitter et des
yeux dans lesquels on se sentait immédiatement en
sécurité.
Elle portait presque toujours une robe, souvent de
couleur parme, sa couleur préférée. Son parfum, La Vie
est Belle, annonçait sa présence avant même qu’elle
n’entre dans une pièce. Aujourd’hui encore, il suffit que je
le croise dans une rue ou dans une parfumerie pour que
mon cœur fasse un bond.
Ma mère avait une qualité devenue rare : elle donnait
sans compter.
Elle avait le cœur sur la main.
Aider quelqu’un lui semblait normal. Qu’il s’agisse d’un
proche, d’un voisin ou d’un inconnu, elle trouvait toujours
du temps pour écouter, rassurer ou tendre la main.
Avec le recul, je crois que c’était sa façon d’aimer le
monde.
Quand elle voulait oublier les soucis du quotidien, elle
lançait toujours la même phrase avec un sourire
malicieux :
— Allez, on va faire un « I feel in good » !
Cela voulait simplement dire qu’il était temps de sortir, de
voir des amis ou d’aller boire un café frappé.
Nous avions notre café préféré.
Nous commandions toujours la même chose.
Deux cafés frappés.
Nous parlions de tout et de rien, jusqu’à ce que nos
discussions finissent, comme souvent, en éclats de rire.
Il ne nous fallait presque rien.
Une grimace.
Une remarque.
Un regard.
Et nous riions comme deux enfants.
Le plus beau souvenir que je garde d’elle remonte à mes
dix ans.
Nous étions parties toutes les deux au zoo.
Une journée ordinaire qui est devenue un souvenir
extraordinaire.
En passant devant l’enclos des hyènes, l’une d’elles
s’est mise à pousser ce fameux rire si particulier.
Ma mère l’a regardée quelques secondes.
Puis elle a éclaté de rire.
Un vrai rire.
Fort.
Franc.
Impossible à retenir.
Plus la hyène riait, plus elle riait.
En la voyant, je me suis mise à rire moi aussi.
Très vite, nous étions pliées en deux.
Les visiteurs nous regardaient avec amusement.
Certains riaient simplement en nous voyant rire.
Ma mère avait ce pouvoir-là.
Elle n’avait pas besoin de chercher à attirer l’attention.
Sa joie était tellement sincère qu’elle devenait
contagieuse.
Au bout d’un moment, nous n’avions même plus de son
qui sortait de notre bouche.
Les larmes coulaient sur nos joues.
Nos ventres nous faisaient mal.
Chaque fois que nous retrouvions enfin notre souffle,
une nouvelle hyène recommençait à rire… et tout
repartait de plus belle.
Ce fou rire a duré près de trente minutes.
Il s’est arrêté uniquement parce qu’une énorme crampe
aux abdominaux nous a obligées à nous asseoir sur un
banc.
Encore aujourd’hui, dès que j’entends le rire d’une hyène
dans un documentaire, je ne pense pas à l’animal.
Je pense à elle.
À son rire.
À sa joie de vivre.
À cette capacité incroyable qu’elle avait de transformer
un moment banal en souvenir inoubliable.
Ma mère aimait aussi créer.
Elle pouvait passer des heures à peindre, dessiner, faire
du coloriage, du Diamond Painting ou confectionner un
gilet au crochet.
Créer l’apaisait.
Comme si chaque couleur, chaque point ou chaque coup
de pinceau lui permettait de mettre un peu de douceur
dans le monde.