« Nokta » est un recueil de nouvelles de Mahi Binebine publié chez Orients éditions, qui explore par l'ironie et l'absurde le quotidien et les failles humaines à travers vingt-deux historiettes. Dans ce nouvel épisode de Littérature sans frontières, Mahi Binebine invite l'auditeur chez lui, à Marrakech, pour retracer un parcours de vie marqué par la pluridisciplinarité. Artiste peintre et sculpteur, il a longtemps enseigné les mathématiques avant de se consacrer pleinement à l'écriture et aux arts plastiques, s'affirmant sur la scène internationale après son installation à New York dans les années 1990. Le fil rouge de cet entretien est la résilience. L'auteur revient sur les thématiques récurrentes de son œuvre, comme l'exil, l'enfermement et la mémoire des corps, souvent imprégnées par le traumatisme familial lié à l'emprisonnement de son frère au bagne de Tazmamart. Cette gravité, qui traverse ses romans, trouve ici un écho différent dans son nouveau livre. Si ses récits précédents, tel « Les étoiles de Sidi Moumen » ou « Le Seigneur vous le rendra », plongeaient dans les réalités sociales de Casablanca ou de Marrakech, « Nokta » propose un ton plus libre, oscillant entre humour et grotesque pour aborder les paradoxes du réel, de la figure de l'homme politique au destin d'un bourricot. L'engagement de Mahi Binebine est également au cœur de la discussion. Cofondateur avec Nabil Ayouch de la Fondation Ali Zaoua, qui a vu le jour dans le sillage de l'adaptation cinématographique de son roman « Les étoiles de Sidi Moumen », il consacre une part importante de son temps à la transmission auprès de la jeunesse. Son rôle de président du Festival du Livre Africain de Marrakech témoigne de cette volonté de faire rayonner les voix contemporaines du continent. Par son travail de la matière, qu'il s'agisse de cire ou de pigments, comme par ses textes, l'auteur maintient une exigence où la création artistique et l'engagement humain restent indissociables.