La librairie Mollat a récemment reçu Guillaume Viry, venu présenter son ouvrage L'esprit de sel, publié aux éditions Canoë. Ce texte se construit autour d'une démarche mémorielle singulière, celle de redonner corps et voix à Ita Zittenfeld, une figure emportée par la rafle du Vélodrome d'Hiver, dont le nom se perdait dans le silence des archives. L'impulsion de l'écriture provient d'un choc émotionnel. La vision d'un immeuble rue des Rosiers, jadis lieu de vie d'Ita Zittenfeld, a confronté l'auteur à la superposition entre l'animation contemporaine du quartier et le passé tragique. Cette dissonance a incité Guillaume Viry à "racommoder" une existence fragmentée, en s'appuyant sur les travaux de l'historien Laurent Joly. Le récit retrace l'itinéraire d'Ita, depuis son enfance modeste en Pologne jusqu'à ses ateliers de couture à Bruxelles puis à Paris. Un dé à coudre maternel accompagne son exil, un objet symbolique de survie. Le titre, L'esprit de sel, recouvre une double évocation. Il se réfère à l'acide chlorhydrique, substance qui peut figer, mais aussi à l'attrait de la mer qu'Ita rêvait de contempler pour renouer avec les souvenirs de son père, vendeur de harengs. Écrit à la première personne, l'ouvrage témoigne de la volonté de l'auteur de traduire une présence intérieure, une "voix" qu'il a perçue plus qu'inventée. Guillaume Viry s'engage dans un processus où il comble les lacunes de l'Histoire, transformant une note administrative en une évocation de chair et d'émotion. Son écriture se veut une résistance à l'oubli, une précision verbale au service de la mémoire des disparus. Ces titres sont à retrouver sur BookZam.